À Libreville, l’atelier national sur la gouvernance de l’Internet et la souveraineté numérique a permis de transformer un débat souvent fragmenté en feuille de route concrète. Cette séquence ouvre également une nouvelle phase pour AfroDIG, appelée à se prolonger dans plusieurs pays du continent.
Du débat stratégique à une feuille de route nationale
Les 22 et 23 janvier 2026, Libreville a accueilli un atelier national consacré à la gouvernance de l’Internet et à la souveraineté numérique. Réunissant 65 participants issus des administrations, du régulateur, du secteur privé, de la communauté technique, du monde académique et de la société civile, la rencontre avait une ambition précise, construire une compréhension partagée des enjeux et enclencher une dynamique d’action autour de 3 piliers étroitement liés, l’Internet, les données et l’intelligence artificielle.
L’un des apports majeurs du rapport est de clarifier une notion souvent mal comprise. La souveraineté numérique n’y est pas présentée comme une logique de fermeture, mais comme une capacité stratégique à comprendre, orienter et sécuriser les choix qui structurent l’écosystème numérique national. Cela suppose de maîtriser les fondamentaux de l’Internet, de réduire les dépendances excessives, de protéger les données et d’être présent dans les espaces où se prennent les décisions techniques et politiques qui affectent les pays africains.
Le rapport insiste à juste titre sur un point souvent relégué au second plan dans les débats publics. Il n’existe pas de souveraineté numérique crédible sans attention portée aux ressources critiques de l’Internet. Nom de domaine national, adressage IP, IPv6, DNS, routage et interconnexion forment l’ossature de la résilience numérique. À cela s’ajoute la question décisive de la connectivité internationale, avec la nécessité de mieux cartographier les câbles sous-marins, les capacités disponibles, les redondances existantes et les vulnérabilités éventuelles, afin d’améliorer la continuité de service, de réduire les coûts et de renforcer la performance globale.
Le document a également le mérite de relier cette réflexion technique à des enjeux plus larges de gouvernance des données, de cloud de confiance et d’intelligence artificielle. Il propose un cadre de gouvernance des données fondé sur la classification, la responsabilité, la protection et l’auditabilité. Sur l’intelligence artificielle, l’approche retenue est prudente et résolument pratique. Elle repose sur des principes de transparence, de sécurité, de responsabilité et d’évaluation des impacts, qui doivent ensuite être mis à l’épreuve à travers 2 à 3 projets pilotes encadrés.
C’est sans doute ce passage de la réflexion à l’exécution qui donne au rapport sa portée particulière. Au-delà des constats, il propose un plan d’actions prioritaire, un mécanisme de suivi et des jalons à court, moyen et plus long terme. Dans les 100 premiers jours, il préconise la mise en place d’un comité national et d’un secrétariat technique, un diagnostic rapide des ressources critiques et une cartographie de la connectivité internationale. À l’horizon de 6 mois, il appelle à l’adoption d’un cadre national de gouvernance des données et d’une première version d’un cadre pour l’IA. L’évaluation des participants, avec une note moyenne de 7,7 sur 10, montre que la demande existe et que la dynamique est bien engagée, même si un accompagnement post atelier demeure indispensable pour transformer les acquis en décisions et en résultats mesurables.
Une dynamique portée par AfroDIG et appelée à s’élargir
La note d’orientation stratégique consacrée au régulateur ouvre, quant à elle, une perspective importante pour le Gabon et au-delà. Elle affirme le rôle central du régulateur dans la gouvernance de l’Internet, la supervision des ressources critiques, la régulation du cyberespace et l’encadrement des technologies émergentes. Elle invite également le pays à renforcer sa présence dans les espaces régionaux et internationaux, notamment au sein du Governmental Advisory Committee de l’ICANN, et à se positionner comme un hub régional pour les dialogues de haut niveau sur la régulation numérique.
Pour AfroDIG, cette séquence marque une étape fondatrice. Il s’agit de la première intervention de ce type conduite par AfroDIG, à travers son consultant principal, Emmanuel Vitus. L’expérience gabonaise confirme la pertinence d’un accompagnement ancré dans les réalités institutionnelles, techniques et politiques des pays, tout en gardant une lecture africaine des enjeux de gouvernance de l’Internet, de souveraineté numérique et de gouvernance de l’intelligence artificielle.
Le travail engagé à Libreville n’a pas vocation à rester isolé. Il se poursuivra au Niger, au Tchad et dans plusieurs autres pays, avec la même exigence de clarté stratégique, de coordination nationale et de mise en œuvre concrète. Dans un contexte où les États africains cherchent à mieux défendre leurs intérêts numériques, cette approche peut contribuer à faire émerger des cadres nationaux plus solides, des coalitions régionales plus cohérentes et une présence africaine plus influente dans les débats mondiaux.
Ce que montre le cas gabonais est simple et décisif. L’Afrique ne renforcera pas sa souveraineté numérique par les seuls discours. Elle y parviendra en investissant dans la compréhension des mécanismes de gouvernance de l’Internet, dans la maîtrise des infrastructures et des données, dans la régulation responsable de l’intelligence artificielle et dans la capacité à agir collectivement. À ce titre, Libreville apparaît déjà comme le point de départ d’une dynamique plus large, que AfroDIG entend accompagner sur le long terme.